Régulation · Open Banking 10 avril 2026 · 8 min de lecture

Open Banking : ce qui se fait ailleurs, et ce qui manque au Maroc

L'open banking a déjà transformé l'Europe, le Brésil et l'Inde. Au Maroc, il existe sur le papier — mais il n'a pas encore créé son moment. Quatre exemples internationaux, et ce qui doit se passer pour qu'il fonctionne ici.

L'idée en une phrase

L'open banking, c'est l'obligation faite aux banques de rendre leurs systèmes accessibles à des tiers (avec l'autorisation explicite du client) via des interfaces standardisées (API). Une fintech peut alors initier des paiements depuis votre compte bancaire, lire vos transactions, ou agréger plusieurs comptes — sans que la banque puisse refuser arbitrairement.

C'est exactement le mécanisme qui rend Sayfetly possible techniquement : pour déclencher un virement entre votre banque et celle de votre destinataire en 4 secondes, il faut que les banques exposent une API d'initiation de paiement, et qu'elles l'exposent de la même manière. Sans open banking, chaque fintech doit négocier individuellement avec chaque banque, et le résultat est lent, cher, fragmenté.

L'idée en une phrase

L'open banking, c'est la décision politique de transformer les rails bancaires en plateforme partagée — au lieu de les laisser comme des silos privés.

Quatre marchés, quatre approches

🇪🇺

Europe — PSD2 (2018)

~450 millions d'utilisateurs · obligation légale

La directive PSD2 a obligé toutes les banques européennes à exposer des API standardisées pour deux services : l'initiation de paiement (PIS) et la lecture de comptes (AIS). C'est le cadre juridique qui a permis Bizum (Espagne), iDEAL (Pays-Bas), Trustly (Suède), et indirectement TWINT en Suisse via les accords interbancaires. Le défaut : la mise en œuvre a été lente (4 ans entre la directive et les premières implémentations stables) et chaque pays a eu sa propre interprétation.

🇧🇷

Brésil — Pix (2020)

160 millions d'utilisateurs · piloté par la banque centrale

Pix est le système de paiement instantané gratuit lancé en novembre 2020 par la Banque centrale du Brésil (BCB). Plutôt que d'attendre que les fintechs construisent leurs propres rails, la BCB a construit elle-même l'infrastructure et imposé son adoption à toutes les banques. Résultat : en moins de 4 ans, Pix a dépassé les paiements par carte au Brésil. C'est la démonstration la plus claire qu'un régulateur ambitieux peut transformer un marché plus vite qu'un marché privé.

🇮🇳

Inde — UPI (2016)

300 millions d'utilisateurs · 12 milliards de transactions par mois

UPI (Unified Payments Interface) est une infrastructure de paiement compte-à-compte gérée par la NPCI (organisme semi-public). Lancée en 2016, elle a transformé l'Inde en moins de 8 ans : aujourd'hui, plus de 80% des paiements numériques en Inde passent par UPI. Particularité : UPI est gratuit pour les particuliers et les commerçants. Le modèle économique se finance par des services à valeur ajoutée et un soutien public à l'infrastructure.

🇪🇸

Espagne — Bizum (2016)

30,6 millions d'utilisateurs · 73% de la population

Bizum est un consortium fondé par les principales banques espagnoles. Plutôt que de laisser les fintechs étrangères dominer le P2P, les banques se sont regroupées pour construire leur propre rail compte-à-compte. Le succès est total : 73% des Espagnols utilisent Bizum, et les banques ont gardé leurs dépôts. C'est exactement le modèle que Sayfetly veut reproduire au Maroc, et c'est pour ça que Sayfetly est positionné comme un allié des banques, pas un concurrent.

Ce qui manque au Maroc

Le Maroc dispose, sur le papier, de tous les éléments nécessaires : Bank Al-Maghrib (BAM) a publié son guide fintech en décembre 2025, le monopole CMI sur l'acquisition carte a pris fin en novembre 2024, et la première licence d'Établissement de Paiement à une startup (Chari) a été délivrée en octobre 2025. Mais il manque encore trois pièces critiques pour que l'open banking devienne réalité.

1. Une API d'initiation de paiement standardisée

Aujourd'hui, chaque banque marocaine expose ses propres formats. Pour qu'une fintech puisse initier un paiement depuis n'importe quelle banque, il faudrait une norme commune — équivalente au modèle PSD2 européen ou à Pix brésilien. Cette norme n'existe pas encore. Sayfetly travaille avec un schéma propriétaire en attendant qu'un standard interbancaire émerge.

2. Un règlement instantané interbancaire (RII)

Pour qu'un virement compte-à-compte arrive vraiment en 4 secondes, il faut que les banques règlent entre elles en temps réel. Au Maroc, les transferts interbancaires passent par GSIMT (Groupement pour un Système Interbancaire Marocain de Télécompensation), avec des cycles de règlement encore largement basés sur du batch quotidien. Une infrastructure de règlement instantané — équivalente à TIPS en Europe ou à STR au Brésil — est indispensable pour que l'open banking marocain atteigne sa promesse.

3. Un consentement utilisateur clair et révocable

L'open banking repose sur le consentement explicite du client : la banque ne partage des données ou n'initie un paiement que si le client a donné son accord, et ce consentement doit pouvoir être révoqué à tout moment. Cette dimension UX est encore embryonnaire au Maroc — peu de banques offrent une page « tiers autorisés » dans leur app. C'est un travail de spécification et de standardisation qui reste à faire.

Au Maroc, les briques juridiques sont là. Les briques techniques ne le sont pas encore. C'est notre fenêtre d'action.

Ce que Sayfetly fait en attendant

En attendant que l'open banking marocain mature, Sayfetly a deux options : soit attendre 5 ans (et laisser les wallets prendre le marché), soit construire ses propres intégrations bancaires une par une, comme l'a fait Bizum à ses débuts. Nous choisissons la seconde option.

Concrètement, ça veut dire négocier des partenariats individuels avec les principales banques marocaines (Attijariwafa, CIH Bank, Banque Populaire, BMCE, Société Générale Maroc, Al Barid Bank), construire un rail d'initiation de paiement avec chacune, et présenter à l'utilisateur une expérience unifiée. C'est plus lent qu'un open banking standardisé, mais c'est faisable — et c'est exactement ce que TWINT a fait en Suisse avant que la régulation ne suive.

Notre conviction : Sayfetly prouvera que le rail compte-à-compte fonctionne au Maroc, et l'open banking standardisé suivra. C'est dans cet ordre que ça s'est passé en Suisse. C'est dans cet ordre que ça se passera ici.

Pourquoi c'est urgent

La Coupe du Monde 2030 arrive dans quatre ans. 26 millions de touristes. Si les visiteurs débarquent au Maroc avec leurs apps européennes (Bizum, TWINT, Wero, Apple Pay, Google Pay) et qu'ils ne trouvent rien de compatible localement, ils paieront en espèces — et la dépense moyenne s'effondrera. Ce sera une opportunité économique gâchée à hauteur de plusieurs milliards de dirhams.

Inversement, si le Maroc dispose d'un rail compte-à-compte mature, intégré aux banques nationales, et accessible aux touristes via des accords avec leurs banques d'origine, l'expérience touristique de paiement devient une vitrine. C'est une opportunité stratégique pour le pays — pas seulement pour une fintech.

L'open banking marocain se construit maintenant.

Si vous travaillez dans une banque, à BAM, au MFC, ou si vous êtes une fintech complémentaire — parlons.

Me contacter →